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Anaïs Barbeau-Lavalette lauréate du Grand Prix du livre de Montréal

Culture
La cinéaste et auteure Anaïs Barbeau-Lavalette est une résidente du quartier La Petite-Patrie. (photo : Gracieuseté)

Une résidente de La Petite-Patrie, Anaïs Barbeau-Lavalette, est lauréate au Grand Prix du livre de Montréal pour son livre « La femme qui fuit » publié aux éditions Marchand de feuilles.

« C’est mon livre le plus personnel et intime confondu », admet Anaïs Barbeau-Lavalette, qui habite le quartier depuis six ans. Celle-ci s’est notamment fait connaître auprès du public comme auteur (Je voudrais qu’on m’efface, Embrasser Yassert Arafat) et comme cinéaste (Le ring, Inch’Allah, Les petits géants).

Son plus récent livre, La Femme qui fuit, vient de remporter le Grand Prix du livre de Montréal, décerné annuellement à une œuvre de langue française ou anglaise pour « la facture exceptionnelle et l’apport original que représente leur publication ».

« Dans ce livre, Anaïs Barbeau-Lavalette fait une description très personnelle, profondément touchante et intimiste de la vie de sa grand-mère, qui lui était pourtant inconnue ; un livre unique et sensible. Ce Grand Prix du livre de Montréal 2016 enrichit de manière certaine notre patrimoine littéraire », a indiqué la conseillère associée à la culture, au patrimoine et au design de la Ville de Montréal, Chantal Rossi, dans un communiqué.

La femme qui fuit

C’est à travers les multiples cafés de La Petite-Patrie, dont certains lui rappellent la naissance de certains passages de son œuvre, qu’Anaïs Barbeau-Lavalette a donné naissance à La femme qui fuit.

Le livre relate l’histoire de sa grand-mère, Suzanne Meloche, conjointe du peintre et sculpteur Marcel Barbeau. Mme Meloche était présente lorsque ce dernier a signé avec Pierre Gauvreau, Jean-Paul Riopelle, Paul-Émile Borduas et douze autres artistes le manifeste du Refus global en 1948.

C’est en plongeant ainsi dans le Québec des années 1940-1950 qu’Anaïs Barbeau-Lavalette témoigne des cicatrices familiales laissées par une grand-mère qui a abandonné ses enfants pour aller faire sa vie à l’étranger ; de Londres aux États-Unis en passant par Bruxelles.

Le lecteur plonge à la fois dans un passé familial fragilisé et à la fois dans un Québec marqué par la Grande Noirceur; aussi bien dans une démarche intime que dans une démarche engagée.

« C’est à sa mort que je me suis dit que cette femme-là était autre chose qu’une abandonneuse d’enfants alors que je la résumais que comme ça. Je m’étais très peu intéressée à elle et en allant dans son appartement, j’ai trouvé des indices qu’elle avait eu une vie extraordinaire », raconte Anaïs Barbeau-Lavalette, qui affirme ne pas avoir dissocié l’intime de l’histoire.

Démarche

L’auteure a notamment engagé un détective pour l’aider à retrouver les gens qui avaient marqué la vie de sa grand-mère et avec qui cette dernière avait rompu.

La chronologie des événements lui a permis de se répertorier dans l’histoire — quel âge avait sa grand-mère lors de la crise économique, quel âge avait-elle lorsque Adolf Hitler est mort ou encore lorsqu’elle a participé à la signature du Refus global. Cette démarche, dit-elle, lui a permis de relativiser son histoire familiale.

« Ce qui m’a touché c’est de me rendre compte quel âge elle avait quand elle a abandonné les enfants. […] J’ai eu envie de la prendre dans mes bras pour la première fois alors que je l’avais toujours jugé. Je la voyais beaucoup plus fragile et comme une femme qui a été dépassée », explique l’auteure.

Réconciliation

Anaïs Barbeau-Lavalette, qui se considère plutôt comme une cinéaste qu’une auteure, se dit touchée par l’accueil qu’a reçu son roman.

« Selon ce que les gens me racontent, le livre leur fait quelque chose de profond ; ils ont un désir de renouer avec des gens disparus. Ça provoque des réconciliations avec notre histoire aussi à laquelle les gens s’intéressent », dit-elle.

Anaïs Barbeau-Lavalette était finaliste aux côtés de Kelly Norah Drukker (Small Fires), Juliana Léveillé-Trudel (Nirliit), Simon Brousseau (Synapses) et Natasha Kanapé Fontaine (Bleuets et abricots).

Le jury était composé de Jean-François Chassay (écrivain et professeur d’études littéraires à l’UQAM), Roger Chénier (Libraire auprès de l’Écume des jours), Bertrand Laverdure (écrivain), Catherine Morency (écrivaine) et Lori Saint-Martin (écrivaine, professeur d’études littéraires à l’UQAM et traductrice).

Le Grand Prix du livre de Montréal est assorti d’une bourse de 15 000 $. Il célèbre cette année son 51e anniversaire.

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