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Une ruelle qui suscite la discorde

Environnement, Vie de quartier
Les résidents de la ruelle Saint-Vallier/Saint-Denis ont construit une pancarte afin d’inciter les automobilistes à circuler moins vite. (photo : Lindsay-Anne Prévost)

La ruelle Saint-Vallier/Saint-Denis, localisée entre les rues Bélanger et Jean-Talon, suscite la division entre les résidents et certains commerçants.

Obstruction des accès par l’immobilisation des camions de livraison, utilisation des stationnements privés par les visiteurs des différents commerces, stationnement illégal en bordure de ruelle par les visiteurs, mise en péril de la sécurité des piétons par les camions qui circulent en marche arrière : tel est le recensement réalisé par les résidents de la ruelle Saint-Vallier/Saint-Denis auprès de l’arrondissement.

Ils ont mené l’exercice pour demander des mesures d’apaisement de la circulation.

Achalandage

Selon une étude menée par l’arrondissement citée par les résidents, environ 600 voitures — dont une centaine de camions — passent par la ruelle Saint-Vallier/Saint-Denis chaque jour. Ceux-ci circulent également au-dessus de la vitesse autorisée.

« [Cette] analyse nous a permis de constater que 70 % des usagers circulent à une vitesse supérieure à 20 km/h, soit la limite permise dans une ruelle », est-il précisé dans le sommaire décisionnel du système de gestion des décisions des instances.

« Vu que la ruelle est très large, ça donne l’impression que c’est une rue, donc les gens roulent assez vite », explique Vincent Lavigne, un des résidents impliqués dans le dossier.

Une situation qui perdure

Selon les résidents, cette situation sévit depuis 1994, et même avant. À l’époque, Monique Tremblay, une résidente de l’endroit, avait lancé une pétition pour demander des mesures d’apaisement. Celle-ci avait mené à l’installation de dos d’âne, mais la situation a malgré tout empiré.

« Le problème perdure parce que les épiceries situées à l’extrémité de la rue Jean-Talon occasionnent beaucoup de trafic, car ils font stationner les gens en double dans la ruelle à n’importe quel moment de la journée. Parfois, ça s’étend jusqu’ici » affirme Mme Tremblay, en pointant le milieu de la ruelle et en qualifiant l’endroit de « Far West ».

Les camions de livraison posent également certains problèmes. Ceux-ci quittent la ruelle à reculons pour rejoindre la rue Bélanger. La manoeuvre s’avère dangereuse pour les enfants qui jouent dans le secteur. Mme Tremblay aurait notamment vu des passants pousser le filet de hockey de ceux-ci avec leur voiture, en plus d’être témoin d’altercations entre résidents et automobilistes.

Commerçants

L’une des commerçantes, qui a demandé à taire son nom, ne tient pourtant pas le même discours. « Les enfants jouent parfois dans la ruelle, mais il n’y a jamais eu d’accidents avec les camions », témoigne-t-elle. Celle-ci affirme également n’avoir « jamais vu de clients stationner illégalement ».

« Les confrontations qu’il y a eu, c’est quand les résidents allaient filmer […] Ils cherchaient la confrontation pour faire leur plainte à la ville », croit-elle.

« On a demandé que les dos d’âne et les panneaux de vitesse soient installés et ils ne les ont jamais mis. Ils [La firme engagée par l’arrondissement pour étudier les passages dans la ruelle] ont mené leur étude pendant qu’il n’y avait pas de panneaux de réduction de vitesse », poursuit la commerçante.

Selon ses dires, les camions se seraient mis à reculer dans la ruelle pour rejoindre la rue Bélanger lorsque l’arrondissement a fermé la sortie débouchant sur la rue Jean-Talon. Toutefois, il y en aurait « très peu », selon elle.

Mesures d’apaisement

Pour apaiser la circulation et faire une délimitation entre la zone commerciale et résidentielle, l’arrondissement a proposé de verdir la ruelle Saint-Vallier/Saint-Denis ; une initiative que les résidents ont appuyée à 90 % selon l’un d’eux.

« C’était en voie de se faire, le marquage avait été fait puis, tout d’un coup, une plainte a été déposée à l’Ombudsman de la Ville de Montréal pour des raisons de sécurité. Ce dernier a bloqué le projet en disant qu’il ne pouvait pas forcer les camions à reculer sur Jean-Talon, ce qui n’est pas faux », raconte Vincent Lavigne.

L’arrondissement a malgré tout opté pour d’autres mesures d’apaisement : débarcadères sur les rues Saint-Denis et Jean-Talon, marquage au sol et bacs de béton pour faire un effet d’entonnoir et ainsi réduire la vitesse.

Les camions de plus de 10 mètres seront également interdits d’accès en permanence et les camions lourds ne pourront plus y circuler entre 18 h 30 et 9 h à partir du printemps 2017, selon la décision adoptée lors du conseil d’arrondissement du 7 novembre dernier.

Contrainte au niveau de l’apaisement

Les solutions proposées ne feraient toutefois pas l’unanimité. Selon la commerçante citée précédemment, les entrées de certains commerces seraient « trop petites » pour pouvoir livrer par cette voie. La ruelle serait donc la seule issue possible pour la livraison.

« Quoi que nous voulions, nous sommes minoritaires. L’économie du quartier et la proximité ne sont pas le premier plan de l’arrondissement ; leur priorité est le verdissement », conclut-elle.

Du côté des résidents, ceux-ci demandent à ce que la règlementation soit respectée et que leur sécurité ne soit pas mise en danger. « Nous, ce qu’on veut, c’est de jouer dans la ruelle avec nos enfants. Pas d’être tout le temps en train d’appeler la police », affirme un résident, qui n’a pas voulu être identifié.

Le conseiller de Saint-Édouard, François Limoges, a chapeauté le dossier à l’arrondissement. Il n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

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