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Roger D’Astous au Beaubien: génie oublié

Culture
Une maison signée Roger D'Astous. (Photo tirée du film Roger D'Astous, K-Films Amérique)
Une maison signée Roger D’Astous. (Photo tirée du film Roger D’Astous, K-Films Amérique)

Le documentaire «Roger D’Astous», d’Étienne Desrosiers, témoigne d’une créativité architecturale québécoise qui n’a rien à envier aux starchitectes du monde entier.

À l’affiche au cinéma Beaubien au moins jusqu’au 30 décembre, le film retrace le parcours professionnel et personnel du plus grand architecte de l’histoire du Québec, ex-aequo avec Ernest Cormier. De nombreuses églises, maisons, pavillon Chrétien de l’Expo universelle de 1967, station de métro Beaubien, hôtel Château Champlain et même les pyramides olympiques portent sa signature. Pourtant, qui connaît Roger D’Astous?

Ce film, rigolo sinon émouvant lorsqu’il relate les aspects, flamboyants ou intimes, de la vie de l’architecte né en 1926, m’a ébranlé par moments: mon propre père a évolué comme architecte à la même période, érigeant, avec les mêmes influences, des immeubles un peu partout au Québec, durant la Révolution tranquille.

Car D’Astous, après avoir gradué de l’école des Beaux-Arts de Montréal, a eu le privilège, unique pour un Québécois, d’étudier avec l’un des plus grands architectes de l’histoire, Frank Lloyd Wright. Il a passé deux ans à Taliesin, atelier mythique du maître dans la Wisconsin. Wright apprécie le jeune architecte au point de l’inviter à faire partie de son équipe permanente. Un honneur qu’il refuse, alors que d’autres se seraient battus pour l’obtenir. Toute la famille de D’Astous s’était cotisée pour payer ses études et ce dernier expliqua au maître qu’il leur était redevable… et qu’il devait retourner chez lui pour bâtir le Québec. Ce qu’il fit de brillante façon.

L’architecture organique

Sauf exception, le style d’Astous est directement imprégné du mouvement de l’architecture organique, dont Wright fut un promoteur emblématique. Cette architecture mise une intégration la plus poussée possible à l’environnement dans lequel l’immeuble s’imprègne, comme s’il sortait de terre et se fondait dans la nature environnante. Même les matériaux doivent provenir du lieu. Les magnifiques maisons signées D’Astous, dont trois iconiques située à L’Estérel (Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson), ou le film «L’Initiation» de Denis Héroux fut tourné, reflètent le mieux cette philosophie de design. Le réalisateur interroge d’ailleurs les propriétaires passés ou présents, qui lui vouent pratiquement un culte.

D’Astous a aussi produit quelques églises dans un style singulier: il savait utiliser les effets de lumière pour magnifier le lieu de culte. Enfin, le film s’attarde à son projet à grande échelle le plus réussi: le Château Champlain.

De manière surprenante, le Canadien Pacifique, qui avait un hôtel de prestige adossé à une de ses gares partout au pays sauf à Montréal (où il avait son siège social, à l’époque), avait choisi D’Aoust pour sa réputation mais aussi parce qu’il était francophone. Or, le CP était un fief du pouvoir Canadian. D’Astous propose le design singulier d’un gratte-ciel avec des fenêtres en arcs, sur toute la largeur d’une chambre, inspirées directement de ceux de la gare Windsor voisine. Les dirigeants du CP sont ébranlés: ils recherchaient un autre Château Frontenac. Mais après avoir consulté de célèbres architectes londoniens, le CP donne le feu vert à D’Astous. L’immeuble fait appel à des techniques de construction révolutionnaires et est considéré, encore aujourd’hui, comme un des plus originaux de la métropole.

Puis, c’est l’aventure des pyramides olympiques, qu’il dessine avec Luc Durand (l’architecte de l’aérogare de Mirabel et du pavillon du Québec, une annexe du casino de Montréal). Ce fut le projet le plus imposant, réalisé en un temps record. Mais le projet signa aussi sa mise au ban de l’industrie, car il faut associé, à tort, au scandale financier des Jeux de 1976.

Blanchi, il tombe dans l’oubli pendant un certain temps, pour renaître comme architecte de demeures d’exception, véritables vaisseaux spatiaux futuristes, ancrés dans une modernité qui n’a pas pris une ride.

Frank Lloyd Wright et Roger D'Astous en 1953, à Taliesin. (Tiré du film Roger D'Astous, K-Films Amérique)

Frank Lloyd Wright et Roger D’Astous en 1953, à Taliesin. (Photo tirée du film Roger D’Astous, K-Films Amérique)

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